En Nouvelle-France, le meunier occupait une place vitale dans le village. Sans lui, impossible de transformer le grain en farine, cet aliment de base essentiel pour faire le pain qui nourrissait toutes les familles du Trait-Carré.
De la terre au moulin
À la fin de l’été, après avoir récolté le blé, le seigle ou l’avoine à la main, les habitants devaient battre le grain pour le séparer de l’épi. Une fois nettoyé et mis en sacs, le grain était transporté jusqu’ici, au Moulin des Jésuites, pour y être enfin moulu.

Dompter la force de l’eau
Dans un moulin à eau comme le nôtre, tout fonctionne grâce à la force hydraulique. L’eau de la rivière fait tourner une grande roue à godets, qui actionne ensuite tout le mécanisme à l’intérieur du bâtiment.
Le travail du meunier commençait à l’extérieur : il devait surveiller attentivement le débit de l’eau. Trop d’eau pouvait briser le mécanisme, et pas assez ralentissait la production. En ajustant les vannes, il s’assurait que la roue tourne toujours à la perfection.
Le secret des deux pierres
À l’intérieur du moulin, le cœur de l’action se passe entre deux meules de pierre massives :
- La meule dormante : qui reste fixe au sol.
- La meule tournante : qui écrase le grain en tournant sur la première.

C’est dans cet espace que le grain est broyé pour devenir de la farine. Mais pour obtenir une mouture parfaite, la technique ne suffit pas : il faut du talent… et des sens aiguisés.
Un métier sensoriel
Le meunier ne se contentait pas de regarder sa machine ; il l’écoutait et la ressentait.
- L’ouïe : Il écoutait chaque cliquetis. Un bruit inhabituel? C’était le signe immédiat d’une pièce mal alignée ou d’un engrenage en difficulté.
- La vue : Il observait sans cesse la couleur et la grosseur de la farine. Si elle sortait trop foncée, un ajustement des meules était nécessaire.
- Le toucher : Le meunier prenait la farine chaude entre ses doigts pour vérifier sa texture. Il ajustait l’écartement des meules selon la finesse désirée par le client.
- L’odorat : Une odeur de brûlé était signe de danger : cela indiquait que les meules frottaient trop fortement l’une contre l’autre ou que le grain surchauffait, risquant ainsi de gâcher la farine ou, pire, de provoquer un incendie.
