Au 18e siècle, trois bâtiments dominent le paysage de nos campagnes : l’église, le manoir seigneurial et, bien sûr, le moulin. Indispensable à la survie, le moulin est le véritable pilier économique et social de la seigneurie.

Le pain quotidien, une question de survie

En Nouvelle-France, le pain est la base de l’alimentation. Sans farine, pas de pain. Le moulin « banal » est donc une infrastructure vitale. Qu’il utilise la force du vent ou celle de l’eau, il permet de transformer le grain des colons en cette précieuse poussière blanche.

C’est pour cette raison que le meunier est un personnage si respecté. Normalement, le meunier et sa famille habitent directement au deuxième étage du moulin, vivant au rythme des meules, jour et nuit.

Le droit de banalité : un contrat entre seigneur et colons

Sous le régime seigneurial, le moulin a une fonction juridique très précise appelée le « droit de banalité ». C’est un échange de devoirs :

  • Le devoir du seigneur : Il a l’obligation stricte de bâtir et d’entretenir un moulin pour ses censitaires (les colons).
  • L’obligation du colon : En retour, les colons doivent obligatoirement utiliser le moulin de leur seigneur. Personne n’a le droit de moudre son grain ailleurs!

Bail à ferme du moulin banal assis sur la rivière, et du droit de mouture de cette partie de la seigneurie Saint-Gabriel enclavée dans la paroisse de l’Ancienne-Lorette, accordé à Louis Déry, meunier demeurant à l’Ancienne-Lorette, par les Révérends Pères Jésuites, et inventaire du moulin par Jean-Baptiste Verret, meunier rédigé entre le 13 février et le 8 mars 1799. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, fonds Ministère des Terres et Forêts, publications et archives gouvernementales, E21,S64,SS5,SSS6,D1336.

Le prix du service : le droit de mouture

Rien n’est gratuit! Pour payer le service, le seigneur prélève une partie du grain qu’on lui apporte. On appelle cela le droit de mouture. Généralement, le seigneur garde un quatorzième de la quantité totale de grain moulu. C’est la taxe d’utilisation de l’époque.

Eau ou vent? Une question de géographie

Le choix de la technologie dépend du terrain :

Les moulins à eau : Très communs, ils utilisent la force des rivières, comme le Moulin des Jésuites! Ils sont parfois polyvalents, servant aussi de scierie ou de moulin à foulon pour le textile.

Charlesbourg, édifice du Moulin Banal vers 1920. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, collection initiale, P600,S6,D2,P57.

Les moulins à vent : On les bâtit là où l’eau manque ou est trop instable. Ils sont devenus de véritables symboles de notre paysage québécois.

Le vieux moulin des Jésuites Bibliothèque et Archives nationales du Québec, collection Magella Bureau, P547,S1,SS1,SSS1,D79.

Un lieu de rassemblement

Au-delà de la technique, le moulin est le lieu où tout le monde se croise. En attendant que son grain soit moulu, on échange les nouvelles, on discute des récoltes et on tisse des liens entre membres d’une même communauté.

Savais-tu que…

On appelle souvent la farine la « poussière blanche » ou la « farine du diable ». Pourquoi? Parce qu’elle s’infiltre partout : dans les poumons du meunier, dans ses vêtements, et elle est même hautement inflammable! Le meunier doit toujours être aux aguets pour éviter les incendies.