De nos jours, l’hygiène est reliée à l’eau courante et le savon. Pourtant, pour les habitants de la Nouvelle-France, la propreté répond à des codes bien différents, hérités des vieilles traditions européennes. À cette époque, on ne se lave pas pour être propre, on se change pour bien paraître.
La méfiance de l’eau
Jusque dans les années 1820, l’eau est perçue avec une certaine suspicion. On la croit capable de dilater les pores de la peau et de laisser passer les « miasmes », des agents invisibles responsables des maladies. La toilette est donc essentiellement « sèche » et se limite souvent au visage et aux mains. Pour le reste, le secret, c’est de porter du linge blanc très propre. Changer fréquemment de chemise est alors la méthode privilégiée pour absorber la sueur et éliminer les impuretés de la peau.

Caricature du maire Beaudry se battant contre les maladies contagieuses en 1877. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, albums Massicotte, 0002735327.
Les accessoires de la distinction
Chez l’élite, la toilette est un rituel social où l’on utilise de nombreuses stratégies. Les parfums puissants à base de musc ou d’ambre gris servent à masquer les odeurs corporelles, tandis que les poudres d’amidon permettent d’absorber le gras des cheveux. Ce n’est que vers le premier tiers du 19e siècle que le mobilier de toilette commence à se spécialiser. On voit apparaître les « lave-mains », souvent fabriqués en pin pour le peuple ou en acajou pour les plus fortunés. Ces meubles, munis de cuvettes et de fontaines, deviennent les témoins d’une transition : l’eau commence tranquillement à perdre son caractère menaçant pour devenir un instrument de soin.
Le soin des dents et de la barbe
L’hygiène dentaire, quant à elle, demeure rudimentaire. Les plus riches utilisent des poudres abrasives à base de pierre ponce ou de corail pour blanchir leurs dents. La brosse à dents reste un objet très rare cependant. Pour la majorité, le nettoyage se limite à frotter les dents avec un chiffon sec.
Pour les hommes, la mode est au visage parfaitement rasé. Avant 1800, le rasage personnel est rare : les boutiques de barbiers sont les endroits les plus fréquentés. Ce n’est qu’au début du 19e siècle que les inventaires après décès révèlent une hausse d’accessoires personnels, comme les rasoirs, les bassins à barbe et les pierres à aiguiser, signe d’une plus grande autonomie dans les soins personnels.

Une boutique de barbier, il y cinquante an. Paru dans l’Opinion publique, vol. 6, no 41 (14 octobre 1875), p.486-487. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, collection de revues d’un autre siècle, 0002743700.
Vers une ère nouvelle
À partir des années 1830, le rapport à l’hygiène change. La mode des bains publics à Québec et à Montréal marque le début d’une ère où l’eau est enfin réintégrée dans les habitudes hygiéniques. D’abord utilisée pour ses vertus curatives et stimulantes, elle finira, quelques décennies plus tard, par devenir le symbole ultime de la propreté.
Savais-tu que…
À l’époque, on fuit l’eau pour les cheveux, car on pense que le gras naturel est le meilleur remède pour les garder brillants et en santé. Résultat? Presque tout le monde vit avec une colonie de poux sur la tête!
