As-tu déjà touché du bois pour éviter la malchance, dit « merde » au lieu de bonne chance, ou encore craint les sept ans de malheur après avoir accidentellement cassé un miroir? Et bien cela s’agit d’une superstition! Bien sûr, ces croyances ne datent pas d’hier : cela fait des centaines d’années que l’on se raconte ces histoires et que nous pratiquons toutes sortes de petits rituels afin d’attirer la chance ou d’égarer la mauvaise fortune à nos trousses.

Domaine publique, Illustration de Edmond-Joseph Mascotte 1912.

Définissons d’abord exactement ce que sont les superstitions. C’est un terme assez large, mais, selon le dictionnaire, il désigne un comportement plutôt irrationnel, voire vain, face au sacré et au monde spirituel (ici chrétien), ou encore les petites pratiques que l’on peut faire afin de jouer avec la chance.

Divers éléments peuvent être à l’origine de l’apparition d’une superstition. Certaines, par exemple, peuvent être le simple fruit du hasard : on remarque qu’un tel a eu de la malchance après un événement X, et l’on fait le lien en oubliant que la corrélation n’égale pas forcément la causation. Ensuite, beaucoup de superstitions sont mêlées à l’univers des contes et légendes québécoises, eux-mêmes héritiers du monde religieux. Ainsi, on explique les bizarreries du quotidien par la mythologie de notre peuple, et l’on tente de repousser le diable par toutes sortes de pratiques curieuses. Ces pratiques, qui ne se veulent pas forcément impies, peuvent malgré tout se retrouver dans une zone grise entre geste superstitieux et sorcellerie. Certaines de ces pratiques sont tolérées par l’Église, alors qu’elle voit en d’autres une véritable sorcellerie qu’elle se doit de combattre!

La chasse-galerie en 1892, par Henri Julien. Musée national des beaux-arts du Québec, collection permanente, 1934.602.

Explorons ensemble quelques-unes d’entre elles!

Un jeune homme fringant est convoité par plusieurs jeunes filles du village : jeune, de bonne famille et beau garçon, c’est le parti idéal. Il rend visite à une bonne amie qui en est follement amoureuse! Elle lui sert une bonne tasse de café. Jusque-là, tout est normal… Pourtant, en goûtant son café, le jeune homme remarque un goût ferreux. Après un moment de questionnement, il relie toutes les pièces du casse-tête : son amie a la réputation d’être un peu sorcière au village. Le jeune homme se rappelle alors cette étrange technique pour ensorceler un potentiel partenaire et le rendre fou amoureux : les jeunes femmes glissent une goutte de leur sang dans sa boisson chaude.

Craignant que son amie ne lui jette un autre sort, il a recours à une technique que lui a enseignée sa grand-mère il y a longtemps : il prend le pouce de sa main droite dans sa main gauche, un simple geste censé offrir une protection contre les sorts. Il finit par prendre la fuite et se promène tard le soir en plein cœur de la ville. Alors qu’il erre, un chant étrange parvient à ses oreilles… Le jeune homme panique! Ce chant étrange, qu’il n’arrive pas à déchiffrer, pourrait-il être celui des bûcherons maudits ayant fait un pacte avec Satan? La légende de le chasse-galerie a toujours effrayé le jeune protagoniste. Il rentre chez lui en panique, convaincu que le diable est à ses trousses!

Il se regarde un instant dans le miroir. Une forme semble se distinguer derrière lui : « Oh non! Est-ce le diable qui apparaît derrière moi afin de saisir mon âme? Je me rappelle qu’un bon ami m’avait déjà averti qu’à force de se regarder trop longtemps dans un miroir dans le noir, on finit par apercevoir le diable! » Au comble de sa panique, la forme se révèle… C’est en fait son amie, venue calmer celui pour qui elle a le béguin. Elle s’excuse pour le goût métallique de son thé : elle avait tout simplement un problème avec sa théière de mauvaise qualité. Le jeune homme est immédiatement rassuré. Toutes ces superstitions lui ont joué un mauvais tour! À moins que ce ne soit l’esprit du malin qui lui tende un piège de plus!

 

Savais-tu que…

Au premier étage du moulin, on retrouve une longue bande de couleur noire couvrant le bas du mur. Une version raconte que c’est la meunière qui aurait tracé cette bande avec de la suie pour éloigner la vermine. Selon une autre rumeur, ce seraient plutôt les robes des femmes qui, lors des danses, auraient déposé la suie sur le mur après l’avoir ramassée près du foyer… Quelle version préfères-tu?

 

Bibliographie

Croyance Populaire et Superstitions au Québec ou côtoyer le merveilleux, Maison Saint-Gabriel. (consulté le 15 juillet 2026).

Martel, S. (2014). Visions, songes et apparitions en Nouvelle-France au XVIIe siècle. Cap-aux-Diamants, (118), 22–25 .

Provencher, J. (15 mars 2024).Douze superstitions québecoise (première partie). Les Quatre Saisons.

Provencher, J. (16 mars 2024). Douze superstitions québecoise (seconde de deux parties). Les Quatre Saisons.

Définition de superstitions, Le Robert, Dico en Ligne. (consulté le 15 juillet 2026).