En Nouvelle-France, la mort fait partie du quotidien. Le décès d’un proche ne se passe pas du tout comme aujourd’hui : toute une série de gestes et de traditions viennent marquer chaque étape, de la préparation du corps jusqu’au deuil qui suit. Voici comment nos ancêtres disaient adieu à leurs morts.
La préparation du défunt
Lorsqu’un proche meurt, le curé, la famille et les voisins sont avertis tout de suite. On commence alors à préparer le corps. On le lave et on l’habille avec ses plus beaux vêtements, puis on le dépose sur un lit, dans la pièce la plus appropriée de la maison. Dans certaines paroisses, on enveloppe aussi le défunt dans un drap fixé avec des épingles.
Ensuite commence la période des visites. Tous les gens de la paroisse viennent défiler dans la chambre où repose le défunt. Près du lit, on place un vase d’eau bénite. Chaque visiteur asperge le corps avec cette eau, à l’aide d’une petite branche de sapin. On récite souvent le chapelet, et la nuit suivante, des parents et amis restent à côté du défunt jusqu’aux funérailles du lendemain. C’est ce qu’on appelle « veiller » le mort.

Les derniers devoirs rendus à la dépouille de Sir J.-A. Chapleau Chapleau sur son lit au Windsor, paru dans Le Monde illustré le 25 juin 1898. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, revues d’un autre siècle, 0002747953.
Le cercueil et le transport
Le lendemain, on installe le défunt dans un cercueil fabriqué par un voisin. Il est généralement fait de planches de bois, peint en noir et muni de quatre poignées. Attention : on ne ferme jamais le cercueil à l’intérieur de la maison! On le referme plutôt dehors, sur le perron ou un peu plus loin. Si l’église se trouve à moins de 4 kilomètres (une lieue), le cercueil est transporté à pied par six ou huit voisins ou amis de la famille. Si elle est trop loin, on le place dans une calèche ou dans un traîneau l’hiver. Sur son passage, tout le monde s’agenouille pour faire une prière. Les premiers corbillards tirés par des chevaux apparaissent seulement en 1805, à Saint-Augustin-de-Desmaures. Les corbillards avec un moteur, eux, arrivent en 1930.

Funérailles en 1948, par Henri Sauvageau. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds Henri Sauvageau, P26, D191.

Quartier Vieux-Québec – Grande Allée Est – Funérailles en 1905, par Livernois. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, collection initiale, P600,S6,D1,P837.
L’enterrement
L’été, on enterre le défunt directement dans le cimetière de la paroisse, après la cérémonie. L’hiver, comme le sol est gelé, on dépose plutôt le cercueil dans une grande fosse, où il reste jusqu’au printemps, le temps que la terre dégèle. Le cimetière se trouve toujours tout près de l’église. À cette époque, on croit que plus une personne est enterrée proche de l’église, plus elle profite des prières qu’on y récite, et plus vite elle peut accéder au paradis. C’est aussi pour cette raison que certaines personnes sont enterrées directement à l’intérieur de l’église.
À cette époque, il n’existe pas de pierres tombales ni de monuments comme on en voit aujourd’hui, à part quelques croix toutes simples. Les tombes peuvent être individuelles ou partagées entre plusieurs personnes, et elles sont presque toujours sans nom écrit dessus. L’habitude d’enterrer les couples côte à côte n’apparaîtra que plus tard.

Montréal – Les funérailles de Sir Geo. E. Cartier – Scène au cimetière de la Côte-des-Neiges, paru dans L’Opinion publique le 26 juin 1873. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, revues d’un autre siècle, 0002743859.
Le coût des funérailles
En Nouvelle-France, des funérailles complètes coûtent environ 25 livres, soit environ 300 à 400 dollars d’aujourd’hui. Ce montant couvre la messe, l’enterrement, le travail des employés de l’église, le cercueil, ainsi que les chanteurs et les jeunes assistants qui participent à la cérémonie.
Le deuil
Après un décès, le conjoint ou la conjointe du défunt doit suivre des règles bien précises. Ces règles viennent des coutumes de l’époque victorienne, en Angleterre. Pendant le « grand deuil », qui peut durer jusqu’à un an, le veuf doit porter une cravate et un habit noirs. La veuve, elle, doit s’habiller uniquement en noir et porter un voile sombre sur le visage. Certaines femmes choisissent même de porter le noir pour le reste de leur vie. Vient ensuite le « petit deuil », qui dure six mois : le veuf ou la veuve peut alors porter des couleurs plus discrètes, comme le gris, le mauve ou le blanc. Peu importe la période, il est très mal vu de montrer trop de joie pendant tout le temps du deuil.
Savais-tu que…
Lors des funérailles en Nouvelle-France, la durée et la force du son des cloches de l’église dépendaient directement de la somme d’argent versée par la famille du défunt? Plus le montant payé était élevé, plus les cloches sonnaient fort et longtemps, une tradition censée mieux guider l’âme vers le paradis tout en affichant le statut social de la famille.
Bibliographie
Kujawski, Kim. (22 juillet 2022). Anciens lieux d’inhumation des Canadiens français. The French-Canadian genealogist.
Lépine Cloutier. (2026). Petite histoire des rites funéraires au Québec.
Histoire du Québec. (2026). Inhumation : quand la mort passait.
